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ligue nationale
de volley

«Le plus beau moment d’amour de ma carrière»

le 28/05/2026
Libéro et capitaine emblématique du VMA, Léa Soldner a quitté la scène, à 30 ans, sur un troisième titre de championne de France avec son club professionnel de toujours, dans un une communion et un partage d’amour qu’elle n’oubliera jamais.
lnv

Léa, forcément, la première interrogation qui nous vient, c’est pourquoi maintenant, à 30 ans seulement ?

C'est effectivement la première question qu’on m’a beaucoup posée : Pourquoi maintenant ? Ce que les gens ne comprennent pas, enfin ce que les gens ne voient pas, c'est que j'ai commencé le volley à l'âge de 5 ans. Je suis partie de la maison quand j'avais 15 ans. En fait ma vie de volleyeuse n'a pas commencé à mes 18 ans quand je suis arrivée à Mulhouse, elle a commencé bien avant. Cela fait 25 ans que le volley rythme ma vie, mon quotidien, mes journées, mon emploi du temps, mes vacances… C'est beaucoup de sacrifices. Quand on fait une saison historique comme celle-là, que la récompense est tellement belle, on oublie limite tout ça, mais j'ai aussi des années où on n'a pas gagné à la fin, et là c'est plus compliqué à gérer. J'avais ce sentiment au fond de moi depuis deux, trois ans, l’envie de découvrir un petit peu quelque chose d’autre dans ma vie. J'ai commencé petit à petit, en arrêtant l'équipe nationale pour avoir un peu plus de temps pour moi l'été. Ça m'a permis de réaliser mon master, ça m'a permis de me marier l'année dernière, d'avoir un peu de vacances avec ma famille, mes amis. Je suis une personne qui a tout le temps des projets et j'ai envie de découvrir d'autres choses.

Comment avez-vous mûri votre décision ? A quel moment avez-vous su que cette saison serait la dernière ?

Pour moi il était impensable d'arriver à un moment d'essoufflement, où je ne me sente plus autant passionnée. J'ai toujours dit que le jour où j'arrête, je veux sortir par la grande porte, je veux être fière de moi, je veux sortir à mon plus haut niveau. Je n’avais pas envie d'arriver à un point où mon maillot allait être lourd à porter, c'était hors de question. C'est hyper compliqué parce que d'un côté je ne voulais pas ça, mais d'un autre côté je ne voulais pas regretter. Du coup, où trouver, quand trouver le bon moment pour réaliser une sortie dans laquelle on se sent heureux de ce qu'on a accompli, impatient de découvrir la suite, mais sans pour autant avoir des remords ? Il y a eu beaucoup de réflexions, je n'ai pas décidé ça comme ça. Cette année, dès le début en août, je me suis sentie super bien dans le groupe. Et quand on gagne la Supercoupe à Paris, je ne sais pas comment dire, mais après ce trophée, j'ai eu un truc. Je sentais que j’allais prendre du plaisir cette saison, je me suis dit : «Est-ce que ça ne serait pas la bonne année ?» Et puis, avant Noël je suis allée voir Magali Magail (manager général du VMA) et Daniel Braun (président) pour leur dire que j’avais pris la décision d’arrêter à la fin de la saison.

Comment avez-vous vécu le fait que Julia Casadei prenne les rênes du poste sur la fin de la saison régulière puis la phase finale ? Cela était-il programmé ainsi ?

Ce n'était pas forcément programmé mais c'est vrai que je ressentais beaucoup d'émotions en fin de saison. Tout le monde savait que j'arrêtais et c'est vrai qu'à ce moment-là, le fait que Julia puisse prendre de la place et justement m'épauler, ça a été hyper important parce que j'ai vraiment senti, dans les deux derniers mois, qu’émotionnellement, c’était lourd. Julia a fait des très belles choses, ça lui a permis de montrer ses capacités et ça a apporté à l'équipe. Au final, ça c’est super bien goupillé pour le club, pour l’équipe, pour moi et pour Julia.

Vous êtes native de Mulhouse. Avoir remporté les dix titres de ce club et avoir accompli toute votre carrière professionnelle «chez vous», cela a quoi de spécial ?

J'ai énormément de reconnaissance d’avoir pu accomplir cela ici. J'ai eu un drame dans ma vie, j'ai perdu mon papa. Mais le fait que je sois à Mulhouse, que j'ai ma maman à côté de moi, que j’ai pu exercer le volley au plus haut niveau à côté de mes proches, remporter des titres, le premier titre du club, le premier triplé, de pouvoir partir dans mon Palais, à la maison, en étant championne de France, je me rends compte que c’est quelque chose de rare. Je suis entourée de beaucoup de sportifs, mon mari est handballeur, et les fins de carrière des sportifs ne se passent pas souvent comme ils le veulent. Moi, j'ai eu la chance de finir comme ça. J'ai un apaisement au fond de moi, je ne sais pas comment le dire. Depuis ce jour-là, je me sens apaisée, je me sens légère, je me sens reconnaissante.

Il n’y a pas l’ombre d’un doute quant à votre choix ?

Non, aucun doute. Après je vais quand même faire un petit travail sur moi-même, je pense que je vais aller voir quelqu'un. Ce qui va peut-être être le plus compliqué, ce sera le moment de la reprise en août, le premier match à Mulhouse. Je ne serai plus dans le groupe. J'ai envie d'être apaisée à ce moment-là, j'ai envie de bien le vivre, et je pense que pour ça il faut se préparer, il faut parler, il faut communiquer.

Comment avez-vous vécu les derniers instants de votre dernier match, en finale, face à Levallois Paris ?

J'ai essayé de savourer au maximum. Je suis restée dans mon instant présent. Je voulais savourer mon moment avec les joueuses, avec mon club, ma famille, et pendant le match c'est ce que j'ai essayé de faire. Le fait qu'effectivement je sois épaulée par Julia, ça a aidé parce qu'émotionnellement je sentais que ce n’était pas un match normal. Même les play-offs ce n’était pas normal. Mais ça n’a été que du bonheur. J'ai eu une vague d'émotion, d'amour, de bonheur, de joie que je n'ai jamais ressentie dans ma vie. Après le match, quand 4000 personnes étaient là pour nous, qu’elles ont crié mon nom, mon prénom, en étant juste heureuses pour moi, pour le club, ça m'a fait tellement de bien. Tout le monde était dans l'instant présent, à vivre un moment et à partager des émotions. Je voyais des enfants qui avaient des cœurs dans les yeux, je voyais le public, je sentais que les gens étaient heureux, j’en ai eu des frissons pendant une heure. Et puis, il y avait tous ces gens dehors, c'était incroyable. C'était un rêve. Je me suis réveillée le lendemain matin, je me suis dit : «Waouh, qu'est-ce qui s'est passé ?» Il s'est passé un truc de fou malade, voilà.

Si vous aviez un moment de votre carrière à emmener avec vous pour toujours, lequel serait-il ?

J’en citerais deux. Le premier titre de championnes de France à Paris (en 2017, contre Le Cannet-Rocheville). En août (2016), je perds mon papa et en mai, on est sacrées championnes de France pour ma première année titulaire. C'est le premier titre historique du club, je ne peux pas décrire ce que j'ai ressenti. J'étais encore jeune, je ne réalisais pas ce qui venait de se passer, mais je sentais que c'était hyper important. Et le deuxième, c'est après mon dernier match, quand je suis au milieu du terrain, au milieu du Palais, et que je vois tout ce monde en rouge, qui acclame l’équipe, qui est heureux pour moi. C'était le plus beau moment de communion, de partage, d'amour de ma carrière.

lnv