« En toute transparence »

Bonjour Président, quelques mots sur le déroulement de l’AG de la LNV ?
Très bonne AG ! Enrichissante et constructive ! Les AG sont des moments essentiels du fonctionnement démocratique de la LNV. L’équipe dirigeante y présente ses projets et recueille les avis des présidentes et des présidents des clubs. C’est un temps d’échanges qui permet de confronter les idées des uns et des autres. En décembre, les comptes 24/25 de la LNV ont été adoptés à l’unanimité, sans aucune abstention. Le résultat net est positif, les fonds propres sont consolidés. Bref, la situation est saine, dans la continuité des présidences d’Alain GRIGUER et d’Yves BOUGET. Mais le moment attendu de toutes et de tous est celui où le président de la CACCP, M. Jean-Luc LEROUX, présente le rapport financier de la CACCP. Ce rapport offre une vision globale de la situation financière du volley professionnel français et les tendances sur plusieurs saisons. C’est très factuel !
Justement, mettons les choses en perspective. Au terme de la saison 20/21, qui s’est déroulée à huis-clos pour cause d’épidémie de COVID, la situation des clubs de la LNV était jugée comme très confortable par la CACCP, avec des fonds propres élevés. Puis, durant les trois saisons qui suivirent, la CACCP a constaté une dégradation continue des comptes des clubs. Une période qui a vu, d’ailleurs, quatre clubs, et non des moindres, placés en liquidation judiciaire et disparaître. Vu de l’extérieur, c’est une situation qui paraît très préoccupante ! Aujourd’hui, qu’en est-il globalement des moyens financiers du volley professionnel ? Que pèse économiquement le volley professionnel français ?
Précisons que le rapport de la CACCP n’est pas une étude d’impact élargie de l’activité des clubs. Les données sur lesquelles il repose sont celles que les clubs communiquent, certifiées évidemment par un Commissaire aux Comptes. Donc, le rapport informe sur le poids économique que représente l’ensemble des produits des clubs. En 24/25, ce poids est de 48M€ pour 33 clubs, compte tenu que les deux clubs en liquidation judiciaire n’entrent plus dans le périmètre. Grosso modo, la MSL pèse pour la moitié, la SP6 pour un tiers et la LBM pour un cinquième. Le budget moyen des clubs est de 1,45M€. Au niveau des divisions, il se situe environ à 1,5M€ pour la SP6, à 1,8M€ pour la MSL et à 0,9M€ pour la LBM. En 25/26, avec 36 clubs, le poids de la LNV augmentera mécaniquement, pour dépasser 50M€.
Par rapport à l’avant-COVID, le budget moyen augmente de 43%, tiré vers le haut par la SP6, +59%, et la LBM, +47%. Cette dynamique s’est maintenue dans les années post-COVID, mais à un rythme plus ou moins soutenu selon les divisions et les saisons, dans un contexte national et mondial qui a impacté et impacte toujours le développement du sport professionnel en général. Quand on descend au niveau des clubs, on constate que cette dynamique touche en effet les clubs de façon inégale. Et, les mésaventures de clubs qui ont vécu le désengagement d’investisseurs, de sponsors ou de collectivités sont là pour nous rappeler que le volley professionnel évolue dans un monde bien réel !
Dans cet environnement, la dynamique est insuffisante actuellement pour permettre aux clubs français de hisser leurs budgets au niveau de ceux de certains championnats européens, qui bénéficient de plus d’une fiscalité favorable. C’est un travail de longue haleine que doivent entreprendre conjointement la LNV et les clubs. Cela étant, en tendance, les budgets sont globalement à la hausse. C’est indiscutable !
Mais comment les budgets moyens peuvent-ils être à la hausse alors que les subventions sont à la baisse ?
La réponse est dans la question. Si les budgets moyens sont stables ou à la hausse alors que la part des subventions publiques baisse, c’est que les clubs ont adopté des stratégiques commerciales pour développer leurs produits hors subventions : sponsoring, mécénat, dons, cotisations, événements ... En MSL, par exemple, les recettes de billetterie grand public sont en forte hausse. Quoi qu’on entende ou lise, ici et là, les dirigeants des clubs ne restent pas les bras croisés face à la baisse des subventions !
A ce sujet aussi, il faut mettre les choses en perspective. En période d’avant-COVID, le taux moyen des subventions par rapport aux produits était de 62%, avec une fourchette de 54% à 80%. En 24/25, il est de 50%, et l’écart s’est resserré de 45% à 56%. Certes, au cas par cas, il y a des taux de dépendance encore élevés, mais le mouvement vertueux est enclenché. Cela permet de tordre le cou à certaines idées reçues comme quoi les dirigeants attendraient tout des collectivités. On va dans le bon sens !
On retient donc que, selon les divisions, les budgets moyens sont à la hausse, et le taux de dépendance aux subventions se réduit significativement. Mais revenons au terme de la saison 21/22 où la CACCP tirait la sonnette d’alarme : le résultat net global était de -3M€, la situation nette globale et le taux moyen de fonds propres commençaient à se dégrader sérieusement ! Quatre saisons plus tard, qu’en est-il de ces indicateurs essentiels de la santé financière des clubs ? Le rapport de la saison 24/25 est-il dans la continuité des précédents, est-il en rupture ?
Comme vous l’avez signalé auparavant, la santé financière des clubs était florissante au terme de 20/21, avec un résultat net et une situation nette supérieurs chacun à 4 M€, et un taux moyen de fonds propres de 12,1%. Malheureusement, durant les trois saisons suivantes, la situation se dégradait, réduisant considérablement les marges de manœuvre des clubs. Or, sans situation nette positive, impossible de reconstituer des fonds de réserve et sans fonds de réserve suffisants, un club n’est pas à l’abri du désengagement d’un partenaire ou d’une baisse de subvention et ne peut pas se développer.
La bonne nouvelle, c’est qu’au terme de la saison 24/25, le résultat net global est dans le vert, passant de -3M€ à +95K€ en quatre saisons, alors que le taux global de fonds propres passe de +0,9% à +4,3% en trois saisons. Le nombre de clubs qui présentent des fonds de réserve supérieurs à 10% augmente d’une année à l’autre, et les prévisions pour 25/26 sont encourageantes. Constituer des fonds de réserve prend du temps car il est difficile d’épargner dans le contexte économique général et les clubs n’ont pas tous la même logique pour diverses raisons. Mais, les dirigeants ont bien intégré qu’il y allait aussi du confort quotidien du club et des personnes. Globalement, on peut donc considérer que ces indicateurs connaissent un net redressement en quelques saisons !
On peut se féliciter que la tendance globale des indicateurs soit en voie d’amélioration, mais si on descend au niveau des clubs, des inquiétudes persistent. La CACCP livre régulièrement des notifications avec encadrement de la masse salariale, amendes financières, retraits de points voire refus d’engagement. On sait que la CACCP est indépendante de la LNV, mais êtes-vous en mesure d’apporter des éléments de compréhension ?
Les publications des notifications de la CACCP sont des temps forts de la vie des clubs professionnels en général, et je voudrais souligner que le volley n’a pas l’exclusivité de l’actualité ! Je n’ai pas à me prononcer, évidemment, sur le bien-fondé de telle ou telle décision de la CACCP et du Conseil Supérieur de la DNACG qui assurent une mission de régulation essentielle pour la stabilité du volley professionnel, la pérennité des clubs et l’équité sportive. Il appartient aux clubs concernés d’engager des appels s’ils les pensent justifiés. A mon niveau, je me limiterai à une approche synthétique de la situation sur la base des notifications dont j’ai eu connaissance fin janvier 2026.
Cela étant dit, je constate donc que, sur trente-six clubs, neuf sont pénalisés d’une amende financière, dont trois assorties de retraits de points. Les autres clubs, les trois quarts donc, ne sont pas sanctionnés. Six sont en recrutement libre, en progression de deux clubs, et les autres sont en masse salariale encadrée, en attente de constitution de fonds de réserve suffisants pour accéder éventuellement au recrutement libre. Voilà pour le constat brut. Les conclusions de la CACCP et du CS de la DNACG étant données à la connaissance du public, à chacun de se faire une opinion au cas par cas.
Bien évidemment, je mesure la frustration et la déception des dirigeants des clubs, des bénévoles, touchés par des sanctions, car je sais l’investissement en temps et en énergie qu’ils consacrent avec conviction à leur club. La LNV doit se tenir à leurs côtés et les conseiller pour qu’ils puissent améliorer leur situation dans les meilleurs délais. Je n’oublie pas que j’ai été président de club.
Quelques mots de conclusion, Président ?
Le rapport financier de la CACCP de la saison 24/25 est globalement encourageant, et cela a été relevé d’ailleurs lors de la dernière Journée plénière de la DNACG du volley. Il démontre que les clubs, dans leur ensemble, poursuivent leur structuration et confortent leurs comptes, gage de stabilité. Il faut espérer que l’avenir confirmera cette tendance. De son côté, la LNV est engagée dans des chantiers dont les clubs bénéficieront à terme. Mais le chemin à parcourir est encore long pour que le volley professionnel français puisse rivaliser avec d’autres championnats européens. En toute transparence, ce rapport sera déposé sur le site de la LNV une fois définitivement rédigé.
Enfin, je serais satisfait si les signaux positifs étaient aussi bien relayés que les signaux négatifs !
