Billetterie

Femmes et militantes de cœur

le 08/03/2019
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En cette journée de la femme, la LAF prend un relief particulier. Si le volley féminin a réussi à se faire une place dans le circuit professionnel, c’est d’abord parce que ces grandes dames, toujours peu nombreuses sur les bancs de touche, croient fermement en ce qu’elles font.

 

La première réflexion est devenue automatique. Comme un contre-pied. Ce 8 mars, alors qu’on les célèbre partout dans le monde, les femmes s’interrogent souvent. Et c’est bien légitime. Qu’on leur octroie une journée dans l’année, cela les rend un peu perplexes et plutôt que de saluer la chose, elles se demandent d’abord pourquoi. Magali Magail, l’une des deux seules «head coaches» féminins dans le concert de la LAF avec Marie Tari (Mougins), et par extension dans le grand vaisseau LNV, a bien noté la date dans son calendrier, mais cela ne l’émeut pas plus que cela. Au contraire, c’est presque avec une pointe de déception qu’elle reçoit cet honneur. « C’est bien, mais malheureusement, une seule fois chaque année à la même date, c’est regrettable. Pourquoi est-ce qu’il n’y aurait pas de journée de l’homme ? », interpelle ainsi la technicienne de l’ASPTT Mulhouse, garante du collectif de l’actuel leader de LAF. D’ailleurs, même le sélectionneur des Bleus, Laurent Tillie, qui passa une saison à la tête du RC Cannes en 2016-2017, admet, sans démagogie aucune, que cette journée, « c’est très bien, mais normalement ça devrait être tous les jours ! »

 

En creux, un rien de frustration et surtout ce sentiment tenace d’être en perpétuelle recherche de considération, d’être mise sans cesse au défi pour grappiller une once de gratitude. Car, si la LAF aujourd’hui, est reconnue, il a fallu que les femmes qui la composent se lèvent et se battent chaque jour. « Un club féminin a deux fois plus de travail pour en arriver là », estime ainsi Magali Magail, qui reconnaît la difficulté pour une femme à exister dans un milieu d’hommes, quel que fut le domaine. « C’est typique de la France, ce n’est pas spécifique au volley. C’est aussi dur pour une femme de se lancer dans un métier d’homme. Il faut une volonté très forte et la chance d’être au bon endroit au bon moment, avec quelqu’un qui nous donne sa confiance », explique l’entraîneure mulhousienne, relayée sur ce terrain-là par Florentina Nedelcu, joueuse en LAF pendant près de dix ans et devenue depuis trois saisons maintenant entraîneure adjointe à Vandoeuvre Nancy, auprès de Radoslav Arsov. « Sans être méchante et sans porter de préjugés, je pense que c’est un peu discriminatoire et ça manque un peu de reconnaissance. Mais ce n’est pas que dans les sports féminins. Même si tu as des compétences, des connaissances, il faut que tu te battes chaque jour pour prouver que tu peux être à la hauteur des hommes et Magali a fait un super boulot ! »   

 

Et quand la chose est acquise pour le sportif masculin, cela ne l’est jamais vraiment dans le sport féminin. « Dans les formations, ils disent : on aimerait bien avoir plus de femmes sur les bancs des équipes féminines. Mais finalement, on ne fait rien. Il faudrait donner une chance à une femme de voir ce qu’elle peut faire », estime Florentina Nedelcu. Mais il faut aussi être réaliste : ce déficit d’image et de reconnaissance repose sur un déficit commercial bien réel. De manière générale, le sport féminin peine bien plus à attirer partenaires privés et investisseurs potentiels que la branche masculine. « Le spectacle est le même que pour les hommes, certains préfèrent même le volley-ball féminin au volley-ball masculin », clame pourtant Magali Magail. « On doit considérer les hommes et les femmes de la même manière, dans le sport comme dans la vie. Les femmes, contrairement aux hommes, doivent réussir pour espérer faire parler d’elles. On souffre clairement d’un manque de visibilité. »

 

Pour autant, les dames de LAF ne cessent pas le combat. Ambassadrice des 24 Heures du sport féminin il y a quelques années, la centrale cannoise, Myriam Kloster, joueuse de haut niveau, ex-internationale et maman, continue de brandir fièrement l’étendard. « Notre statut d’athlète de haut niveau n’est pas assez reconnu alors que nous avons pourtant les mêmes contraintes que les athlètes masculins. Il faut oublier les stéréotypes. L’exposition du sport féminin ne devrait pas se limiter à une action événementielle par an mais rentrer dans les moeurs au quotidien. J’aimerais vraiment faire partie de cette nouvelle dynamique d’émancipation du sport féminin », confessait-elle en 2014.

 

Certes, comme dans toutes les disciplines collectives, la dimension physique est moindre et la différence à l’écran est assez flagrante, mais le volet technico-tactique est travaillé et l’aspect psychologique primordial pour tirer la quintessence d’un groupe. En prenant tout cela en compte, Laurent Tillie, qui fréquente depuis tant d’années le plus haut niveau avec l’équipe de France masculine, admet que son passage à Cannes, a été enrichissant. « La plus grande adaptation que j’ai dû avoir, c’est de comprendre les différences physiques. Il faut penser que le terrain pour une femme est beaucoup plus grand que pour un homme. Il faut s’adapter aux capacités physiques. Sinon, c’est le même jeu, c’est le même sport ! »

 

Dans l’approche d’un groupe féminin, Magali Magail et Florentina Nedelcu estiment que les femmes possèdent sans doute un petit avantage sur leurs homologues masculins. « En termes de psychologie, la femme a un temps d’avance. Je travaille avec des hommes, et je vois des choses qu’ils ne voient pas », assure la coach de Mulhouse. « Dans mon rôle d’adjointe, j’ai sans doute une autre sensibilité avec les filles », estime également Florentina Nedelcu. Laurent Tillie reconnaît lui-même ce déséquilibre en tant qu’homme à la tête d’une équipe féminine. « J’attache beaucoup d’importance à l’attitude, et avec une équipe féminine, il me manquait l’essentiel : la présence dans le vestiaire, où on voit beaucoup de choses : les frustrations, les tensions… C’était compliqué de ne pas accéder au vestiaire car on perd un élément important dans la compréhension du groupe. Mais les valeurs du haut niveau restent les mêmes. Avec de la bienveillance et un discours raisonné, on arrive au même résultat avec une femme qu’avec un homme. Il faut faire plus attention au langage avec les femmes, avoir un langage plus châtié », sourit-il.  

 

Reste maintenant à projeter tout cela de manière plus éclatante encore. Le double exploit des handballeuses (championnes du Monde et d’Europe en 2017 et 2018), les formidables épopées des basketteuses, argentées en 2012 (J.O.), 2015 et 2017 (Euro) ont propulsé un instant le sport féminin sur le devant de la scène. La Coupe du Monde de foot féminin l’été prochain en France va resserrer un peu plus encore la focale. Et pour le volley, la présence des Bleues à l’Euro, six ans après leur dernière apparition, est un signal fort. Car, comme le rappelait, sur un ton léger, Myriam Kloster, faisant référence au dessin animé japonais qui célébra le volley à la fin des années 1980 : « N’oublions pas que, dans la série, la star est Jeanne et non Serge… »