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Le joli monde de Léa

le 05/12/2018
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La jeune libéro mulhousienne entame sa troisième saison en tant que titulaire à l’ASPTT. Dans un rôle et à un poste qu’elle n’échangerait pour rien au monde et où elle s’épanouit totalement.

 

Au premier regard, tout cela paraît un peu sombre. Fléchie et concentrée sur la ligne arrière, Léa Soldner s’active et se démène tous azimuts, sans idée de grandeur, loin du tumulte et de l’agitation sous la lampe, devant, là où les ballons claquent et où l’on compte les points. Et pourtant, Léa, libéro au sacrifice, aime intensément son métier. Et de là où elle est, la jeune femme de 22 ans puise un immense bonheur et n’échangerait sa place pour rien au monde. Car, c’est ici, en bout de terrain, où elle ferraille sans cesse, transforme un service vicieux en ballon de relance tout propre, que Léa s’exprime au plus profond d’elle-même et au plus près d’une personnalité altruiste, discrète mais pas trop, qui colle parfaitement à la fonction.

 

Malgré son jeune âge et deux saisons pleines seulement en tant que titulaire, après avoir fait ses premiers pas sous la protection bienveillante de Marielle Bousquet, Léa a déjà gratté la surface ingrate du poste pour se nourrir du cœur de la fonction, épais et généreux. Libéro, elle est la gardienne du temple, celle qui veille, protège et pousse à l’assaut. Ainsi posée sur le terrain, en retrait mais indispensable, Léa a l’intime conviction d’être à sa place, fidèle à elle-même. « Je pense vraiment que ce poste correspond à ma personnalité. Par exemple, Bojana Markovic ne fait que 4 cm de plus que moi. Elle a un jump de dingue et physiquement, elle est beaucoup plus haute que moi. Mais au-delà de ça, elle a le caractère d’une attaquante et d’une fille qui va mettre le show. Elle est faite pour ça. Moi attaquer, ça ne me manque pas, mais alors pas du tout ! Je laisse la lumière et les places de devant aux autres. Je ne suis pas du tout dans la mise en avant. Je reste sur les postes arrières, je fais mon petit job derrière, je vais être présente pour vous, pour vous donner des ballons propres, vous pousser, vous motiver. Finissez les points et vous me rendrez heureuse ! Le plaisir que j’ai pris samedi en faisant une belle récep, une belle défense, il était énorme », raconte-t-elle avec sincérité.

 

Samedi dernier, au Palais des Sports, l’ASPTT a dominé Béziers, le champion en titre (3-0), et le public alsacien a chanté son prénom. « Léa, Léa », comme s’il avait voulu la propulser en pleine lumière. « C’était assez émouvant et j’étais même un peu gênée », avoue la jeune Kingersheimoise. « Ils ont remarqué le travail que j’ai réalisé. C’est une belle fierté, d’autant qu’ici, je suis la fille du cru, je suis comme à la maison, les gens me connaissent et suivent ma progression depuis cinq ans. » Ils ont forcément remarqué combien Léa avait grandi. A 22 ans désormais, mise en confiance par un club et un coach, Magali Magail, qui sut la rassurer tout en la responsabilisant très tôt, la jeune internationale a accompli un joli bout de chemin depuis un peu plus de deux ans et un titre de champion de France 2017, acquis au terme de sa première année de titularisation. « C’était grand d’être champion de France, dans une équipe où tout a tourné formidablement bien, avec des « mamans » comme Bojana (Markovic) ou Daly (Santana), autour de moi, qui m’ont épaulé de manière incroyable. Cette année, j’ai pris de la maturité, je sens que ce n’est plus moi le petit bébé ! J’ai pris part au groupe, ma part d’identité, de responsabilité», estime la jeune postière.

 

A l’arrière, c’est elle qui gouverne le monde désormais. Son joli monde. Elle a appris l’anglais pour se faire entendre. « Avant, j’avais le niveau lycée. A part dire mon prénom et ma couleur préférée, je ne savais rien dire d’autre ! », sourit-elle. « Maintenant, je peux annoncer l’intervalle, un ballon tombant à la réceptionneuse étrangère à côté de moi. » Et même si cela brille moins qu’une attaquante tonitruante, Léa tient sa ligne et elle aime ça. « C’est moi qui montre le plan de jeu aux filles, qui gère les choses derrière. Tout le monde m’écoute et a confiance en moi. Je suis un peu le chef derrière, j’aimais bien driver et gérer la chose. Libéro, ça n’empêche pas de montrer son pouvoir dans le jeu. Regardez Jenia Grebennikov, il est dans une équipe où il y a des monstres, mais il est le meilleur libéro du monde et aussi connu que Ngapeth aujourd’hui », avise-t-elle.

 

 

Léa semble prête maintenant à lancer sa carrière sur tous les fronts. Et notamment celui de l’équipe de France, qui retrouvera l’Euro l’été prochain. Après avoir décliné l’invitation en 2017, pour souffler un peu derrière une saison éprouvante sportivement et plus encore personnellement, suite à la disparition de son papa en 2016, Léa y est venue cet été. « J’ai beaucoup parlé avec le nouveau sélectionneur, Emile Rousseaux. Je connais les objectifs, je sais aussi qu’il y a beaucoup de jeunes talents français sur ce poste, la concurrence est très saine. Je vais continuer ma saison à fond et si je suis appelée l’été prochain, je serai présente », assure-t-elle.  En tout cas, elle continuera, avant chaque rencontre, d’envoyer un petit mot à son père. « C’est un peu mon porte bonheur. Il est présent à chaque match, je le sais. J’ai toujours une pensée pour lui. Je crois qu’il serait fier », glisse-t-elle, doucement.