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Béziers, les rêves de Krystal

le 10/02/2018
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Porté par Krystal Rivers, une pointue américaine au physique phénoménal et au courage remarquable, Béziers est un beau prétendant au titre LAF, qui passe ce soir au révélateur du Cannet.

 

Au départ, son histoire a tout du court métrage, du drame cruel, noué par la fatalité en deux, trois plans séquences, à Birmingham, au fin fond de l’Alabama. C’est ici que Krystal Rivers est née il y a 23 ans. C’est ici aussi, qu’elle s’est battue, plus que quiconque sans doute, pour en être là aujourd’hui, révélation de la saison LAF, meilleure marqueuse du championnat (333 points en 16 matchs), portant sur ses imposantes épaules les plus hauts espoirs de Béziers, sérieux prétendant au titre, et en déplacement périlleux ce soir au Cannet.

 

Car si Krystal, c’est un physique hors normes, des qualités athlétiques bien au-dessus de la moyenne, ce n’est surtout pas que cela. Sa première tranche de vie fut une lutte permanente, un défi au vil destin, au mal qui s’instille et vous ronge et que vous finissez par dompter, tout en vous façonnant un mental en acier trempé. «Krystal, c’est une super fille, une fille forte qui a des dons physiques énormes. Une fille hyper discrète, à l’écoute, douce, qui puise dans son parcours de vie une énergie folle», résume avec pudeur l’entraîneur des Angels, Cyril Ong, sans vouloir s’étendre plus avant sur ce chemin de vie si rude qui aurait pu bousiller la jeunesse et les rêves de Krystal, si fragiles.

 

Touchée par des malformations congénitales, ayant dû lutter très jeune contre un cancer, Krystal Rivers s’est forgée dans le dur, dans le combat incessant. Aujourd’hui, elle sait, elle sent, elle en puise une force nouvelle, supplémentaire. «J’ai grandi dans les difficultés et forcément, ça m’a préparée, ça m’a endurcie, ça m’a aidée à réussir», avoue-t-elle, posément. «Mentalement, je suis devenue forte, j’ai toujours pensé que je pourrais un jour jouer au volley. J’ai dealé avec ça, avec le pire parfois. Sur le chemin que j’ai dû emprunter, j’ai toujours voulu grandir, je n’ai jamais pensé à abandonner. Je voulais tellement réussir.»

 

Tenniswoman à sa prime jeunesse, avant de bifurquer vers le volley-ball, Krystal Rivers a vite afficher un potentiel athlétique exceptionnel et c’est d’abord sur ce physique extraordinaire qu’elle s’est élevée, quand son corps, enfin, lui a laissé le droit de s’exprimer. Star de l’université d’Alabama, capable de toucher à 3,25 m, la jeune fille d’1,80 m a souvent rendu quelques jolis cartons, tournant sur son année senior à 26 points de moyenne par match en NCAA l’an dernier. «Aux tests de début de saison, en termes de puissance développée, elle était au-dessus de certains rugbymen ! C’est une force de la nature», résume Cyril Ong. «J’ai conscience de mes qualités physiques. Quand j’ai commencé le volley, mon jeu était surtout basé là-dessus. Il a fallu ensuite que je travaille mes qualités techniques», confirme Krystal. 

 

Pour sa première saison en Europe, loin du cocon universitaire, arrivée seule dans le Sud de la France, la transition aurait pu être délicate. Mais Krystal a vite trouvé sa place. Dans la ville, où elle aime flâner, mais aussi dans une équipe où elle se sent un peu chez elle, avec deux compères américaines, Amber Rolfzen et Janisa Johnson, soutiens forcément précieux lors d’un premier voyage à l’étranger ! «Les ajustements n’ont pas été trop difficiles à faire. Tout le monde au club et dans l’équipe a été très accueillant, très attentif à me mettre à l’aise. Et puis mes cinq années en université m’ont aussi aidé à gérer cette forme d’indépendance. J’ai un bon feeling ici», raconte l’ex-étudiante, diplômée en Biologie et en Espagnol.

 

Bien dans sa tête, bien dans son corps désormais, Krystal s’amuse follement à ravager les terres de France tous les week-ends, dans un championnat dont elle apprécie la densité. «Je pense que c’est un bon niveau ici. Je voulais vraiment jouer dans une Ligue où beaucoup d’équipes étaient compétitives. Après l’Université, c’était important pour moi de me challenger par rapport à ça», explique-t-elle. Elle avait aussi un autre défi de taille à relever : succéder à Isabelle Haak, la pépite franco-suédoise passée comme une comète à Béziers l’an passé. «Je n’avais pas vraiment de pression par rapport à ça, mais c’est un bon challenge pour moi d’être aussi bonne qu’elle !», sourit Krystal.

 

Car, avant d’aller défier Le Cannet ce soir, l’Américaine regorge d’ambitions. Collectives d’abord évidemment. Tête de gondole d’une équipe héraultaise qui paraît armée pour lutter jusqu’au bout, Krystal admet : «Le titre est toujours un objectif auquel on pense, même si l’on prend match après match.» Individuelles aussi, tant elle ne se voit pas céder sa place de meilleure marqueuse LAF et espère bien intégrer la short-list pour le titre de MVP de la saison. D’autant que son jeu s’est étoffé. Arrivée avec des bases techniques pas toujours académiques, au contre et en défense notamment, Krystal a sacrément progressé dans ces deux registres en quelques mois. «C’est une joueuse plus complète aujourd’hui», convient le coach, qui aimerait cette fois pouvoir conquérir un titre et retenir son nouveau joyau une année de plus dans l’Hérault…