Rossard, le jeu et la tête

le 11/02/2017
'.$actu->_Identite['LibelleActualite'].'

Le libéro toulousain, Nicolas Rossard, de retour cette saison chez les Spacer’s après une riche parenthèse de trois ans à l’Arago Sète, est une tête bien faite et l’un des meilleurs à son poste en LAM.  

 

 

Il a passé le temps où le petit Nicolas, enfant de la ville rose, pupille du volley en Occitanie, faisait son travail gentiment, discrètement, loin derrière le filet. Le jeune homme, indéniablement, avait déjà du talent, une science du jeu élaborée, une réflexion sur son sport qui lui donnait, à ses débuts pros, d’emblée un cran d’avance. Mais dans l’attitude, l’expression, les grandes envolées, Nicolas n’en faisait pas trop. Bien mis dans un poste qui, par définition, ne prend déjà pas beaucoup le soleil, il était un jeune joueur en apprentissage, qui grandissait surtout en observant en silence. «Quand tu rentres en pro, tu n’oses pas trop parler aux joueurs, au début tu es un peu impressionné», se souvient-il. A 26 ans, il est aujourd’hui un pilier, un «ancien» du club, qui a visiblement laissé sa prudence et sa retenue naturelle au vestiaire. «N’allez pas croire que c’est un jeune libéro réservé, ce n’est plus vrai, c’est fini ça !», clame, dans un sourire satisfait son coach, Cédric Enard, qui a vu grandir le garçon depuis le pôle Espoirs de Bordeaux. «Il a pris de l’assurance, il a pris conscience de l’importance de son poste, de son rôle. Il est plus épanoui, plus aguerri. Il est parfaitement présent, sur et en dehors du terrain, et ce n’est pas le dernier à balancer deux, trois conneries.»

 

Nicolas Rossard, en déplacement à Cannes ce soir avec les Spacer’s, trace son chemin comme il faut. Sur le terrain, il a étoffé sa panoplie, a mûri, au détour notamment de trois saisons à Sète qui ont bousculé son train de vie, sa routine, ses habitudes pour en faire aujourd’hui l’un des meilleurs libéros du championnat. «Ces trois ans à Sète, c’était pour voir si j’étais capable de faire une carrière pro, hors d’un environnement favorable. J‘avais envie d’un autre statut, un autre challenge, dans un club où j’avais peut-être un peu plus de pression, dans une ville où le volley génère beaucoup d’attentes. Maintenant, je gère sans doute mieux les choses», explique le cousin du dernier MVP du championnat, Thibault Rossard, avec qui il fit un bon bout de route, à Toulouse et à Sète. A la ville aussi, Nicolas présente bien. Actuellement en 4e année à l’INSA, qu’il fréquente, mine de rien depuis huit ans, au fil d’aménagement d’emploi du temps, de cours à distance, de sessions organisées pour qu’il puisse mener les études et la carrière de sportif pro de front, le futur ingénieur en informatique est une tête bien faite.

 

Et cela ne compte pas pour rien, à un poste de libéro où la lecture du jeu, l’anticipation, le placement, sont des socles fondamentaux. International, champion d’Europe 2015 avec l’équipe de France, bien calé dans la roue de Jenia Grebennikov, libéro de classe mondiale, dont il s’inspire et se nourrit à chaque rassemblement en équipe de France, le Toulousain s’est fait une réputation et une qualité de jeu extrêmement solide. «Je gagne en régularité, en stabilité, je progresse. Je fais un gros travail de vidéo, ça me permet de visualiser les zones privilégiées des attaquants. J’aime avoir cette base-là pour anticiper, même si l’instinct a sa part pendant le match», raconte Nicolas. Son coach, lui, est, en tout cas, très heureux du joueur que l’ex poussin des Spacer’s est devenu. «Nico organise le jeu, le bloc-défense, il prend les responsabilités. C’est riche pour l’équipe, pour le groupe et pour moi, c’est un bon relais sur le terrain.» Un libéro sur le qui-vive en permanence, toujours en soutien, capable de relever deux, trois ballons sur une même séquence et qui excelle en réception. «La réception, c’est un registre de jeu dans lequel il est solide et les autres rayonnent autour de lui. Et par son hyper activité au soutien des attaquants, il est usant pour l’adversaire. Il ne laisse jamais tomber la balle !», raconte Cédric Enard.

 

Et même si parfois, il aimerait pouvoir cogner dans la «gonfle» pour évacuer une frustration, une colère passagère, il vit finalement très bien sa belle carrière depuis son poste de l’ombre. «C’est sûr que c’est un poste un peu ingrat et que parfois, on a envie d’en faire un peu plus. Mais dans les placements, la lecture, la réception, la défense, je trouve cette notion de plaisir, de défoulement», assure-t-il. Pour son coach, le petit gars au maillot différent qui relève les ballons est simplement indispensable. «On est toujours trop focalisé sur celui qui marque le point, comme le buteur au foot. Mais si dans ton équipe, tu n’as pas un bon guide en réception, au bout du compte, elle ne marche pas ton équipe. Ces joueurs-là sont essentiels à la performance collective, même si tu ne les vois pas dans les stats. Nico fait du très bon boulot cette année. Il fait partie des meilleurs libéros du championnat.» Et il n’a pas fini d’apprendre…